Ressources humaines – Laurent Cantet

Laurent Cantet est un réalisateur engagé, principalement connu pour le film Entre les murs qui avait reçu la Palme d’Or du festival de Cannes en 2008.  En 1999 déjà, son premier long métrage Ressources humaines était un chef d’œuvre aux thématiques encore d’actualité.

Franck est étudiant en école de commerce à Paris. Il est reçu en stage d’étude au service RH dans l’usine où travaille son père entant qu’ouvrier. Dès son arrivée, Franck est plongé dans l’épineux sujet du passage aux 35h.

Optimiste, il voit la réduction du temps de travail comme un challenge collectif et une aubaine pour accroitre la productivité. Avec l’appui de la direction, Franck met en place une campagne de consultation auprès des salariés portant sur les modalités d’application des 35h.

Son initiative reçoit un accueil mitigé. Les syndicats l’accusent de faire le jeu du patronat et de les court-circuiter. Les jeunes ouvriers n’y croient pas, à l’instar d’Alain, collègue de « machine » du père de Franck.  Le père de Franck, quant à lui, dans sa soumission et son attachement à l’entreprise ne parvient pas à émettre un avis.

Dans le même temps, Franck découvre que ses supérieurs préparent un plan de licenciement qui concerne entre autre son père, humble et fidèle ouvrier. Il réalise alors que son initiative avait permis à la direction de détourner l’attention des syndicats et salariés sur ce qui se préparait.

Cette découverte marque une rupture. Le jeune héros du film incarne la désillusion face à l’entreprise, mais également face à la doctrine des business schools. Inspiré a par les théories managériales qui promeuvent le collaboratif et la consultation, Franck comprend que la réalité des entreprises est bien plus cynique. Cette fiction décisionnelle basée sur le participatif amène les salariés à confondre leurs intérêts avec ceux de l’entreprise. Il comprend alors qu’il s’agit d’une tactique afin de discipliner les salariés en leur faisant porter collectivement la responsabilité du devenir de l’entreprise.

Ce film porte également sur l’écart entre deux univers sociaux. Modèle d’ascension social, Franck fait la fierté de sa famille.  Le regard que son père porte sur lui est touchant. Pourtant, Franck doit faire face à l’écart socioculturel qui s’est creusé avec son milieu d’origine. Il essuie les incompréhensions avec ses amis d’enfance, sa famille, les ouvriers de l’usine qui se sentent méprisés par sa réussite. A l’instar de la syndicaliste, madame Arnoux, qui le rappelle constamment à son milieu d’origine et scande lors de leur premier échange « Arriviste ! Tu feras un super futur patron ».

 

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